Tunisie : Le Printemps avorté et la flamme qui refuse de s'éteindre
Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant de Sidi Bouzid, s'immolait par le feu et allumait un incendie qui allait changer le monde arabe. La Tunisie est devenue le berceau du Printemps arabe. Treize ans plus tard, le bilan est amer. La transition démocratique a été confisquée par le président Kaïs Saïed depuis son coup de force du 25 juillet 2021. Avec un score IJVA de 52/100, la Tunisie oscille entre la fierté de sa révolution et l'amertume de ses promesses non tenues.
L'Économie du Désenchantement
Le malaise tunisien est d'abord économique. Le chômage des jeunes diplômés dépasse les 30%. L'économie tunisienne est prise dans un étau entre une dette publique qui frôle les 80% du PIB, une inflation qui grignote le pouvoir d'achat, et un FMI qui conditionne ses prêts à des réformes douloureuses. Le fossé entre le littoral et l'intérieur du pays — d'où est partie la révolution — reste une plaie ouverte.
La Force Ubuntu : Carthage, le Jasmin et la Société Civile
La Tunisie n'est pas que son économie. C'est l'un des pays les plus éduqués, les plus cultivés d'Afrique. Le Prix Nobel de la Paix 2015, décerné au Quartet du dialogue national tunisien, a reconnu cette capacité exceptionnelle des Tunisiens à négocier, à faire compromis. L'identité tunisienne est un métissage millénaire : phénicienne, romaine, arabe, amazighe, ottomane, française. La scène culturelle — cinéma, musique, théâtre — témoigne d'une vitalité créative.
« Elli yezra' errih, yahsed el-âassfa »
Celui qui sème le vent récolte la tempête
— Proverbe arabe tunisien
La Tunisie nous montre que la démocratie n'est pas un acquis mais un combat permanent — et que la société civile est le dernier rempart quand les institutions vacillent. La Tunisie a semé la liberté ; elle attend encore d'en récolter tous les fruits.